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dimanche 10 avril 2011

Terraqué

I  


Ils ne le sauront pas les rocs,
Qu'on parle d'eux.


Et toujours ils n'auront pour tenir
Que grandeur.


Et que l'oubli de la marée,
Des soleils rouges.



II

Ils n'ont pas le besoin du rire
Ou de l'ivresse.


Ils ne font pas bruler
Du souffre dans le noir.


Car jamais
Ils n'ont craint la mort.


De la peur
Ils ont fait un hôte.
Et leur folie


Est clairvoyante.



III

Et puis la joie


De savoir la menace
Et de durer.



Pendant que sur les bords,
De la pierre les quitte


Que la vague et le vent grattaient
Pendant leur sieste.



IV

Ils n'ont pas a porter leur face
Comme un supplice.



Ils n'ont pas a porter de face
Ou tout se lit.



V

La danse est en eux,
La flamme est en eux,


Quand bon leur semble.



Ce n'est pas un spectacle devant eux,
C'est en eux.


C'est la danse de leur intime
Et lucide folie.


C'est la flamme en eux
Du noyau de braise.



VI

Ils n'ont pas voulu être le temple
Ou se complaire.


Mais la menace est toujours là
Dans le dehors.


Et la joie
Leur vient d'eux seuls,


Que la mer soit grise
Ou pourrie de bleue.



VII



Ils sentent le dehors,

Ils savent le dehors.


Peut-être parfois l'auront-ils béni
De les limiter:


La toute puissance
N'est pas leur faible.



VIII

Parfois dans leur nuit
C'est un grondement
Qui longtemps résonne.


Et leur grain se noie
Dans un vaste éffroi:


Ils ne savaient plus
Qu'ils avaient une voix.



IX

Il arrive qu'un bloc
Se détache et tombe,


Tombe a perdre haleine

Dans la mer liquide.


Ils n'étaient donc bien
Que des blocs de pierre,


Un lieu de la danse
Que la danse épuise.



X

Mais le pire est toujours
D'être en dehors de soi
Quand la folie
N'est plus lucide.


D'être le souvenir d'un roc et l'etendue
Vers le dehors et vers le vague.


Les rocs, Eugène Guillevic, Terraqué, 1942

lundi 7 mai 2007

Des armes


''Des armes'' (Léo Ferré)


Des armes, des chouettes, des brillantes
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes

Des armes bleues comme la terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère

Des armes, au secret des jours
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures
Et qui mettent la poésie dans les discours

Des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français brillant comme une larme

Retour du refoulé fasciste

(...) je rejoins le grand philosophe qu’était Umberto Eco , pour qui le fascisme n’est pas une philosophie, un berceau où naissent des idé...